ACTUALITÉS :
L'équipe d'Épicure est actuellement sur les routes de France !! :
- Dimanche 21, Épicure est présent au départ de la 4ème étape de la route du Sud, départ de Saint-Gaudens. Nos tandemistes, après une "mise en forme" d'une quinzaine de kilomètres à fait un "pré-départ" devant les coureurs officiels et un public très accueillant.

- Lundi 15 Juin le prix de la convivialité du Prix Lucien Vanel (voir le site internet en cliquant sur ce lien ) a été remis par Dany GOMBERT, présidente de l'association.


- Le Samedi 13 Juin au stade des Minimes à Toulouse à l'occasion du Match TO XIII(13) et Batley Bulldogs

(d'autres photos sont disponibles dans l'album photo du site)
- Du 10 au 12 Juin au salon Handica à Lyon

(d'autres photos sont disponibles dans l'album photos du site)
Le site handicap.fr propose un interview video de Dany, que voici :
- Samedi 06 Juin, à l'occasion du championnat de France de Tor Ball masculin, Épicure présente son projet à Nice.

(d'autres photos sont disponibles dans l'album photos du site)
voici une video d'un match de Tor Ball :
L'équipe d'ÉPICURE est aussi heureuse de vous annoncer l'ouverture prochaine de ses établissements:
SEPTEMBRE 2009 : Ouverture du Lycée Hôtelier
DÉCEMBRE 2009 : Ouverture du Centre de rééducation
Pour vous inscrire ou pour tout renseignement, veuillez nous contacter via le lien "contactez nous", ou bien en téléphonant au 05 62 00 75 20 de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00
ÉDITO au 05/12/08
Dans un monde désincarné, où les problèmes économiques ont pris le pas sur les problèmes humains, où les égoïsmes se sont progressivement exacerbés, Épicure se propose d'apporter à une certaine population (déficients visuels) la possibilité de participer à part entière à la société d'aujourd'hui.
Selon les estimations les plus récentes, il y aurait en France 6 millions de personnes ayant des problèmes de vue allant de la myopie légère à la cécité. Parmi ces personnes, 1 200 000 d’entre elles seraient atteintes par des maladies de la rétine ; 300 000 seraient atteintes de basse vision (<3/10) dont 60 000 aveugles (ou du moins considérées comme telles ; à savoir qu'est considérée comme atteinte de cécité toute personne ayant une vision centrale inférieure à 1/20).
La définition de la malvoyance selon l'OMS concerne les sujets ayant une acuité visuelle limitée qui retentit gravement sur leur vie sociale et leur confort psychologique. Ces patients ne sont pas susceptibles d'amélioration selon les ressources habituelles de l'ophtalmologie. Cependant aujourd’hui, les nouvelles méthodes de rééducation fonctionnelle sont susceptibles d’apporter des solutions.
Afin d’assurer la réadaptation et/ou la formation de ces personnes, des Associations et des Écoles Spécialisées ont été créées. Cependant un grand vide existe aujourd'hui pour des jeunes déficients visuels, qui après avoir reçu une formation générale en Collège ou Lycée, n'ont pas la possibilité de poursuivre leurs études.
ÉVITER l’intégration “sauvage” c’est limiter les risques de difficultés scolaires.
Actuellement, 90% des jeunes malvoyants connaissent l’échec scolaire avant le recours aux moyens qui leur sont adaptés !
Ces Jeunes, alors en échec, deviendront pour la plupart des assistés ... mais aussi des exclus.
Professionnels de la santé, familles, et pouvoirs publics, doivent s’organiser pour faire face à ce défi. C’est un problème d’éthique qui ne permet plus de s’abriter derrière les mots, un autre projet de socialisation d’un autre type d’exclus.
C'est de ce constat qu'est née l’idée ayant pour but de contribuer à l'intégration sociale, l'épanouissement culturel, la qualification et l'insertion professionnelle des déficients visuels, idée concrétisée par Épicure.
Dany Gombert,
Présidente de l'Association
Téléthon - par Postmaster le 03/12/2009 @ 16:43

Quand la malvoyance s'installe - par Maud le 13/02/2009 @ 09:42
Actualités
En voici la présentation:
« Quand la malvoyance s’installe » : un guide pour informer et accompagner
L’Inpes et la Fondation de France éditent le premier guide pratique sur la malvoyance acquise* à destination des adultes et de leur entourage.
En effet, perdre une partie de ses capacités visuelles à l’âge adulte peut constituer un véritable choc et suscite de nombreuses questions et inquiétudes. Les répercussions de la malvoyance (ou basse vision) sur la vie sont importantes tout comme les difficultés rencontrées au quotidien par ceux qui en sont atteints. Elles sont parfois sous-estimées : difficulté à trouver objets et papiers, à faire sa toilette ou à prendre ses médicaments, peur de sortir seul …
Un guide pratique pour mieux vivre la malvoyance
Ce guide intitulé « Quand la malvoyance s’installe » (pdf, 1.4 Mo) s’adresse directement aux personnes atteintes d’un déficit visuel acquis à l’âge adulte et à leur entourage afin de leur apporter des solutions concrètes pour maintenir ou retrouver leur autonomie et mieux vivre ce bouleversement au quotidien en aménageant leur environnement ou en adaptant leurs gestes. Il s’agit à la fois d’informer sur la vue et les déficits visuels mais également de répondre à toutes les questions qui peuvent survenir lorsqu’on est confronté à la malvoyance : « Dois-je renoncer à faire la cuisine ? Comment continuer à lire ? Que faire pour aider un proche dont la vue baisse ?... ». Des témoignages viennent également étayer les conseils du guide.
Le guide « Quand la malvoyance s’installe » a été élaboré par des professionnels, des représentants associatifs et des personnes en situation de handicap. Sa charte graphique est spécialement adaptée : caractères typographiques de grande taille, illustrations en pleine page et contrastes de couleurs.
100 000 exemplaires du guide seront mis gratuitement à la disposition du public mi-février, chez les professionnels de santé (ophtalmologistes, gériatres…), les associations de personnes âgées et handicapées, les associations d’aide à domicile… Il sera également disponible auprès de l’Inpes – Service diffusion, 42 bd de la Libération – 93 203 Saint Denis Cedex, et téléchargeable en version accessible sur le site de l'inpes ou www.fondationdefrance.org.
Les principales causes de la déficience visuelle acquise à l’âge adulte sont dues à des maladies du vieillissement telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), la cataracte, le glaucome et la rétinopathie diabétique.
Actualités
En voici la présentation:
« Quand la malvoyance s’installe » : un guide pour informer et accompagner
L’Inpes et la Fondation de France éditent le premier guide pratique sur la malvoyance acquise* à destination des adultes et de leur entourage.
En effet, perdre une partie de ses capacités visuelles à l’âge adulte peut constituer un véritable choc et suscite de nombreuses questions et inquiétudes. Les répercussions de la malvoyance (ou basse vision) sur la vie sont importantes tout comme les difficultés rencontrées au quotidien par ceux qui en sont atteints. Elles sont parfois sous-estimées : difficulté à trouver objets et papiers, à faire sa toilette ou à prendre ses médicaments, peur de sortir seul …
Un guide pratique pour mieux vivre la malvoyance
Ce guide intitulé « Quand la malvoyance s’installe » (pdf, 1.4 Mo) s’adresse directement aux personnes atteintes d’un déficit visuel acquis à l’âge adulte et à leur entourage afin de leur apporter des solutions concrètes pour maintenir ou retrouver leur autonomie et mieux vivre ce bouleversement au quotidien en aménageant leur environnement ou en adaptant leurs gestes. Il s’agit à la fois d’informer sur la vue et les déficits visuels mais également de répondre à toutes les questions qui peuvent survenir lorsqu’on est confronté à la malvoyance : « Dois-je renoncer à faire la cuisine ? Comment continuer à lire ? Que faire pour aider un proche dont la vue baisse ?... ». Des témoignages viennent également étayer les conseils du guide.
Le guide « Quand la malvoyance s’installe » a été élaboré par des professionnels, des représentants associatifs et des personnes en situation de handicap. Sa charte graphique est spécialement adaptée : caractères typographiques de grande taille, illustrations en pleine page et contrastes de couleurs.
100 000 exemplaires du guide seront mis gratuitement à la disposition du public mi-février, chez les professionnels de santé (ophtalmologistes, gériatres…), les associations de personnes âgées et handicapées, les associations d’aide à domicile… Il sera également disponible auprès de l’Inpes – Service diffusion, 42 bd de la Libération – 93 203 Saint Denis Cedex, et téléchargeable en version accessible sur le site de l'inpes ou www.fondationdefrance.org.
Les principales causes de la déficience visuelle acquise à l’âge adulte sont dues à des maladies du vieillissement telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), la cataracte, le glaucome et la rétinopathie diabétique.

La petite histoire de la canne blanche - par Maud le 12/02/2009 @ 14:58
Cet article a été écrit par Marcel CHALAYE. Lui-même déficient visuel et membre de ce groupe, il nous décrit ici l'histoire de la création de la canne blanche et l'évolution de celle-ci en symbole internationnal de la défience visuelle. Ceci, nous l'apprenons dans cet article est à l'initiative d'une jeune femme, Guilli d'HERBEMONT, qui vouera sa vie et sa fortune au bénéfice des personnes aveugles.
LA CANNE BLANCHE : Une création de Guilly d’HERBEMONT
Ses parents possédaient une propriété à MOUZAY, petit village de la Meuse où elle passa une grande partie de son enfance mais c’est à Bruxelles en Belgique qu’elle naquit le 25 juin 1888. On lui donna le prénom de GUILLY, en souvenir d’un de ses oncles Guillaume mort prématurément à l’âge de 20 ans. Par son éducation, elle devint une jeune fille épanouie, bonne musicienne, poète au talent reconnu, elle est sensible et proche de la nature.
A l’âge de 18 ans, une déception sentimentale la blesse profondément. Les poèmes qu’elle écrira par la suite expriment avec beaucoup de pudeur cette souffrance qui accompagnera toute sa vie. C’est sans doute pour cela qu’elle restera célibataire et se dévouera sans compter au service des personnes privées de la vue.
A la fin de la première guerre mondiale, la population civile qui porte déjà le deuil des millions de soldats disparus découvre les blessures physiques et morales et tous les handicaps qui mutilent à jamais les survivants enfin démobilisés. En France, le nombre impressionnant de soldats devenus aveugles vient grossir le nombre de personnes déjà privées de la vue. Ils vont faire découvrir aux valides les difficultés et les risques auxquels sont confrontés ceux et celles qui se déplacent sans y voir dans le flot grandissant de la circulation et des multiples obstacles qui encombrent les rues de Paris.
Comme ses contemporains, Mademoiselle d’Herbemont est témoin de cette situation. Elle qui copie bénévolement des ouvrages en braille aide fréquemment des aveugles à se déplacer et à traverser les rues. C’est précisément un jour de 1930 où elle aide un groupe d’aveugles à traverser le boulevard de Courcelles qu’une automobile lancée à vive allure les évite de justesse. Cet incident qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques persuade mademoiselle d’Herbemont qu’un signe distinctif bien visible permettant d’identifier les personnes aveugles afin de les soustraire au danger est nécessaire. A partir de la fin de la grande guerre, la circulation automobile s’amplifie, les premiers feux tricolores régulateurs de circulation apparaissent ainsi que des passages protégés matérialisés au sol par des disques de métal « les passages cloutés ». Les agents de la police municipale qui règlent au carrefour la circulation automobile sont équipés pour les rendre plus visibles d’un képi, d’une cape, de manchettes et d’un bâton de couleur blanche. C’est alors que mademoiselle d’Herbemont eut l’idée de munir les personnes aveugles d’une canne blanche.
Ceux à qui elle dévoile son projet trouvent l’idée banale et sans intérêt. Alors, elle, si timide et si réservée écrit à un quotidien L’ECHO DE PARIS qui publie régulièrement dans ses colonnes des informations sociales. Sa lettre publiée dans le numéro du jeudi 30 novembre 1930 retient l’attention du directeur du journal qui téléphone au directeur de la police municipale et au préfet de police de Paris. Après réflexion, le préfet de police invite les principaux responsables des œuvres sociales et des associations d’aveugles ainsi que mademoiselle d’Herbemont afin qu’elle expose son projet à tous les participants. Nous pouvons être surpris de la rapidité avec laquelle les pouvoirs publics ont réagi mais il ne faut pas oublier le contexte de l’après guerre. En 1930, on dénombre à Paris et dans le département de la Seine, 5000 personnes aveugles. Il faut aussi se rappeler qu’à toutes les époques et dans toutes les sociétés, les personnes aveugles ont fait l’objet d’attentions particulières. Ils sont tour à tour signes de rejet, de méfiance et de pitié.
Ainsi dès 1929, près de 300 aveugles se réunissent régulièrement aux portes de Paris au lieu dit « champ pourri » et le Roi Louis IX, SAINT LOUIS leur octroie une obole particulière prise sur le trésor pour subvenir à leur nourriture. C’est lui qui crée en 1260 l’hospice des QUINZE-VINGTS appelé ainsi parce qu’il contient 300 places réservées aux personnes aveugles. Cet établissement qui a évolué au fil du temps, continue de nos jours à accueillir les personnes handicapées de la vue. Après Saint Louis, Philippe IV dit LE BEL autorise les aveugles de Paris à porter sur l’épaule droite une grande fleur de lys blanc. Ce signe les désigne à la charité des personnes valides spécialement dans les églises et dans les cimetières. Une bulle du PAPE octroiera une indulgence spéciale aux aveugles qui se consacrent à la prière. La prière des aveugles était très recherchée car elle passait pour être plus efficace que toutes les autres.
Au dix huitième siècle, Valentin HAUY deviendra le premier instituteur des aveugles en créant une école qui leur est réservée. De nos jours, l’Institut National des Jeunes Aveugles perpétue son œuvre. Au début du dix-neuvième siècle, Louis Braille avec l’écriture qui porte son nom et Maurice de la Sizeranne par la création de l’Association Valentin Haüy contribuent à l’émancipation des aveugles et à leur insertion dans la société. Cependant l’aveugle qui souhaitait se déplacer devait trouver et le plus souvent payer une personne valide pour l’accompagner. Quelques uns se déplaçaient seuls sur de petits trajets en tendant les mains devant eux, d’autres s’aidaient comme ils le pouvaient d’un bâton, certains se faisaient précéder d’un chien le plus souvent un caniche comme le montre une carte postale du début du vingtième siècle où l’on voit un aveugle relié par une ficelle à un petit caniche blanc, la légende de la carte postale indiquant : « mendiant aveugle avec son chien sur les quais du port de Saint Servan dans le département de l’Ile et Vilaine ».
Mais revenons à la réunion de décembre 1930. La veille, Mademoiselle d’Herbemont a peint elle-même avec de la peinture blanche une canne, elle l’a enveloppée dans un papier rouge, elle l’apporte avec elle et la déballe devant tous en exposant son projet. La rencontre génère beaucoup de questions et de contestations. Certains voudraient que la canne soit peinte en rouge signe du stop, d’autres la refusent en prétextant que cette canne va marginaliser encore un peu plus les aveugles. L’attribution de la canne soulève de multiples interrogations : qui va la recevoir, qui va prendre la décision de l’autoriser, qui va la fabriquer et surtout la question principale, qui va régler les frais de fabrication et d’attribution de la canne. Pour la question financière, Mademoiselle d’Herbemont mit tout le monde d’accord en proposant de prendre en charge tous les frais de fabrication et de distribution. Elle respectera scrupuleusement cet engagement et pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, elle assurera le financement de plusieurs milliers de cannes blanches. Aucun accord n’ayant pu être conclu le jour de la réunion, on décida de soumettre le projet de la canne blanche au vote des aveugles de Paris. La canne blanche fut adoptée à une écrasante majorité. On institua un règlement en quinze articles, celui-ci fixait les règles d’attribution de la canne, les démarches à faire pour l’obtenir, la façon de l’utiliser. Pour éviter les contrefaçons et les modèles non réglementaires, on accorda l’agrément à une canne solide au manche recourbé sur lequel on pouvait s’appuyer, réservée aux hommes et à une canne droite fine munie d’une dragonne en cuir réservée aux femmes, les deux modèles devaient être estampillés par un écusson en métal argenté représentant les armes de la ville de Paris. L’ECHO de PARIS, les journaux parisiens et l’ensemble de la presse française diffusèrent toutes les informations relatives à la canne blanche pendant tout le mois de décembre 1930 et tout le mois de janvier 1931. La Préfecture de police de Paris informa toute la population de Paris et du département de la Seine de la mise à la disposition des aveugles d’une canne blanche et les automobilistes et piétons étaient invités à respecter et à porter aide et assistance aux aveugles munis de leurs cannes blanches. Il est spécifié que lorsqu’un aveugle est au bord d’un trottoir et désire traverser la rue, il lève sa canne blanche à la verticale, les automobiles doivent s’arrêter et les piétons ne doivent pas entraver la marche de l’aveugle mais doivent l’aider à traverser la rue. Les agents de la police municipale de Paris sont chargés de faire respecter ce règlement et doivent porter secours et assistance aux aveugles qui leur en feront la demande. Lorsqu’un aveugle doit utiliser un transport en commun, métro tramway ou autobus, il se place à l’arrêt du véhicule et lève sa canne blanche, le conducteur du véhicule doit s’arrêter et le receveur des billets doit l’aider à monter ou à descendre du véhicule. Les personnes aveugles munies de leur canne blanche ont la priorité aux stations de taxis, le chauffeur doit les aider à monter et à descendre du véhicule. La population de Paris et du département de la Seine sensibilisée par ce que nous appellerions aujourd’hui un matraquage médiatique attendait avec curiosité la mise en service de la canne blanche. Les autorités décidèrent que les premières cannes blanches seraient attribuées à Paris dans le département de la Seine et celui de la Seine-et-Oise et sur la demande de mademoiselle d’Herbemont dans les départements de la Meuse et des Ardennes.
La cérémonie officielle de la remise des 150 premières cannes blanches eut lieu le samedi 7 février 1931 à 17 heures dans les salons du Cercle de l’Union Interalliée 33 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Toutes les personnalités politiques administratives, militaires, civiles et religieuses, tous les responsables de toutes les associations civiles et militaires d’aveugles de Paris et du département de la Seine ainsi que tous les représentants de la presse étaient présents. Les 150 aveugles invités étaient tous accompagnés personnellement par un scout.
Après l’accueil de toutes les personnalités et les très nombreux discours, Mademoiselle d’Herbemont fut invitée à remettre la première des 150 cannes blanches. Ce fut une vieille aveugle parisienne, Madame CONNENS, vendeuse de cartes postales et de lacets qui en fut la première bénéficiaire. Le sculpteur Emile Guillaume immortalisa cet évènement en réalisant une sculpture qui représente mademoiselle d’Herbemont remettant la canne à madame CONNENS. Cette sculpture porte le nom de « bonté », elle est exposée actuellement dans le hall de la mairie de MOUZAY dans la Meuse à qui elle fut offerte en 1961 par l’Association Valentin Hays. La deuxième canne fut remise à Monsieur AMBLARD, aveugle de guerre, Président de l’association des aveugles de guerre. Ensuite, Mademoiselle d’Herbemont remit personnellement avec un mot d’accueil et d’amitié leurs cannes blanches à tous les aveugles présents. En plus de l’insigne officiel, les cannes étaient toutes décorées d’un petit ruban tricolore. On remit ensuite plusieurs centaines de cannes à tous les responsables d’associations présents qui furent chargés de les distribuer. La cérémonie se termina par un vin d’honneur.
Dans les jours et les semaines qui suivirent, tous les journaux français et plusieurs grands quotidiens étrangers consacrèrent leur première page à cet évènement, ce qui eut pour effet de susciter deux réactions. La première émanant d’associations de province qui demandèrent avec insistance de pouvoir bénéficier à leur tour de cannes blanches, ce qui leur fut accordé. Puis en France et à l’étranger, des mécènes se révélaient qui voulaient à leur tour offrir des cannes blanches aux aveugles. Cependant 3 semaines après cette inauguration un accident dont fut victime un aveugle failli remettre en cause le principe de la canne blanche. Un dimanche de février 1931 le docteur Racine jeune médecin aveugle très estimé de sa clientèle traversant les Champs Elysée muni de sa canne blanche à la hauteur de l’avenue Georges V fut heurté sur le passage clouté par une automobile qui en doublait une autre et qui circulait à vive allure, le docteur Racine traîné sur une quinzaine de mètres fut tué sur le coup. Cet accident jeta la consternation dans le monde des aveugles on prit alors conscience que si la canne blanche était un signe de visibilité elle n’empêchait pas son possesseur de prendre toutes les précautions nécessaire pour s’engager sur la chaussée. Mademoiselle d’Herbemont profondément choquée par cet accident car elle connaissait et appréciait le docteur Racine regretta d’avoir eu l’idée de la canne blanche elle se sentait responsable de cet accident, le docteur Racine était marié et père de deux enfants.
Il fallut l’amitié et le témoignage de tous les aveugles qui possédaient déjà une canne blanche pour que mademoiselle d’Herbemont ne demande pas le retrait de celles déjà distribuées et l’annulation de son idée. La canne blanche commença à se répandre un peu partout. En 1932 un journaliste qui effectuait un reportage en Guyane Française eut la surprise de découvrir dans un village perdu au milieu de la forêt vierge un indien aveugle qui possédait une canne blanche. Mademoiselle d’Herbemont très sollicitée depuis l’inauguration officielle offrait des cannes blanches et participait à toutes les réunions où elle était invitée. Pendant près de 40 ans, elle va offrir des milliers de cannes à des aveugles français et étrangers. Jusqu’à la fin de sa vie, elle répondra personnellement à toutes les lettres qui lui seront adressées beaucoup contenaient des remerciements, d’autres tout aussi nombreuses sollicitaient une aide financière car si les aveugles militaires recevaient une pension, de nombreux aveugles civils qui ne pouvaient plus travailler se trouvaient sans ressource. Mademoiselle d’Herbemont honorera généreusement toutes les demandes qui lui seront adressées. Afin de distraire et de donner un peu de joie aux aveugles les plus défavorisés, elle organisera des goûters, des réunions et des concerts. C’est ainsi qu’en 1935, elle offrit à 3000 aveugles, un concert salle Pleyel où se produisirent des artistes de variétés et de prestigieux interprètes de musique classique.
De santé fragile, Mademoiselle d’Herbemont ne laissait rien paraître et ne se plaignait jamais. N’a-t-elle pas écrit dans une de ses poésies : « j’aurai jusqu’au tombeau l’énergie de paraître ignorer la douleur ». Malgré son courage et sa ténacité, elle fut dans l’obligation de partir dans un sanatorium suisse où elle passa de longs mois.
En 1938 à la fin de son séjour, pour remercier les SUISSES de leur accueil et de leurs soins, elle offrit au cours d’une cérémonie à Lausanne aux 160 aveugles recensés dans le canton, une canne blanche estampillée d’une plaque de métal sur laquelle figuraient les armes du canton de Vaux avec la devise : « liberté et patrie ». Depuis le dix huitième siècle, les aveugles Suisse étaient tenus de circuler le bras droit muni d’un brassard jaune sur lequel figurait 3 points noirs. Ce brassard peu pratique car il fallait le déplacer d’un vêtement, à l’autre lorsque l’on changeait de tenue était loin de faire l’unanimité. On avait aussi pensé affubler les aveugles d’un chapeau et de les doter d’un sifflet ! Les cannes offertes par mademoiselle d’Herbemont précipitèrent les choses. La Suisse adopta le premier janvier 1939, la canne blanche comme le seul signe officiel de reconnaissance des aveugles. En France des escrocs utilisaient la canne blanche pour abuser des personnes généreuses. Une ordonnance de 1945 institue une carte spécifique attribuée à des personnes possédant moins de un dixième de vision les autorisant à utiliser une canne blanche. En 1958 l’article 174 du code de la famille attribue une carte d’invalidité surchargée de la mention cécité aux personnes dont la vision centrale est nulle ou inférieure à un vingtième après correction optique et stipule que la carte d’invalidité surchargée de la mention canne blanche sera attribuée à des personnes ayant une vision centrale inférieure à un dixième après correction optique. Ces documents sont indispensables pour acquérir une canne blanche et l’article 173 précise que toute personne utilisant une canne blanche sans avoir l’une ou l’autre de ces cartes d’invalidité sera condamnée à une forte amende et en cas de récidive sera passible d’un mois de prison. Le même article précisait que les aveugles autorisés à utiliser une canne blanche devaient s’abstenir de l’utiliser pour mendier ou pour faire du colportage. A la fin des années 1960, la mention « cécité » sera remplacée par une étoile verte et la loi du 11 février 2005 attribue deux cartes au handicap visuel, l’une porte la mention « besoin d’accompagnement » et l’autre porte la mention « cécité ».
En novembre 1947, Mademoiselle d’Herbemont fut élevée au grade d’officier de la légion d’honneur. En 1956, pour le vingt cinquième anniversaire de la création de la canne blanche, elle fut reçue avec un groupe d’aveugles au palais de l’Elysée par le Président de la République Monsieur René COTY. Ce jour là, ses amis aveugles lui offrirent un bas relief œuvre du sculpteur Volty. En 1963 elle accepta la présidence d’honneur de l’association les Auxiliaires des Aveugles, poste honorifique qu’elle occupa jusqu’à sa mort. Le 14 mai 1976, la ville de Paris lui attribua sa plus haute distinction, la médaille de vermeil. Ce fut sa dernière apparition publique. Jusqu’à sa mort, elle continua à garder le contact avec les personnes qui la visitaient ou qui lui écrivaient. Elle répondait personnellement à toutes les lettres malgré sa vision qui s’obscurcissait peu à peu. Ainsi disait-elle, je rejoins mes amis aveugles.
Aux Etats-Unis à partir de la fin de la deuxième guerre, mondiale et devant le nombre important d’aveugles de guerre des spécialistes de la locomotion étudièrent et enseignèrent aux aveugles la manière de se déplacer en utilisant une canne blanche. Au début des années 1960, des kinésithérapeutes français allèrent jusqu’aux Etats-Unis pour étudier cette nouvelle utilisation de la canne blanche. A leur retour en France, ils adaptèrent les méthodes américaines et formèrent à leur tour les premiers instructeurs de locomotion.
A sa création la canne blanche était un objet de reconnaissance, à partir des années 1960, elle devient un instrument de guidage elle apporte aux aveugles un surcroît de sécurité et un regain d’indépendance. Au fil des ans la canne s’améliore, elle devient pliante pour tenir moins de place lorsque l’on ne l’utilise pas. Aujourd’hui, elle est équipée d’une poignée ergonomique et d’un embout cylindrique tournant qui permet de se déplacer quelque soit la nature du terrain. A sa création elle était en bois puis elle devint métallique et même en fibre de verre. Aujourd’hui on trouve des cannes en métaux non ferreux, en aluminium et en fibre de carbone, demain elle sera électronique, des prototypes ont déjà été testés. La canne blanche n’a pas fini de nous surprendre et de nous étonner. Au cours des années 1990, la Belgique a adopté pour les malvoyants une canne de couleur jaune, elle est disponible en France mais faute de reconnaissance officielle et d’information du public, ceux et celles qui l’utilisent se heurtent à l’incompréhension des passants qui ignorent la signification de cette couleur.
Jusqu’à la fin de sa vie, Mademoiselle d’Herbemont a suivi avec intérêt l’évolution de sa canne. A ceux qui lui demandaient, n’êtes vous pas un peu déçue d’être tenue à l’écart et de ne pas être informée des modifications apportées à votre canne, elle répondait : « non, je suis heureuse parce que ma canne est vivante ». Quelque temps avant sa mort, Mademoiselle d’Herbemont reçoit la visite de Madame Mireille OBLIN-BRIERE, de leurs entretiens naîtra un livre « LA CANNE BLANCHE » éditée aux Editions Privat. C’est le seul ouvrage consacré à mademoiselle d’Herbemont. On approche de 1981 qui doit marquer le cinquantenaire de l’invention de la canne blanche mais au début de l’année 1980 Mademoiselle d’Herbemont qui est maintenant nonagénaire s’affaiblit de plus en plus. Transportée à l’hôpital suisse d’Issy-les-Moulineaux, c’est là qu’elle s’éteindra paisiblement le 28 février 1980. Aux premiers jours de mars, ses obsèques religieuses célébrées à Paris rassemblent moins de 100 personnes. Elle fut inhumée le même jour dans le caveau de sa famille à Mouzay dans la Meuse, ce pays qu’elle a tant aimé qui fut le berceau de son enfance et le lieu de son inspiration. Ses plus beaux poèmes réunis dans un recueil : « LE JARDIN DE TA JOIE » reçut le prix de l’académie française. En ce début du troisième millénaire, sa canne blanche reste l’objet incontournable, la compagne fidèle qui ouvre le chemin à des milliers de personnes aveugles et déficients visuels profonds. En dehors de la France, trois pays revendiquent son invention.
- en Angleterre en 1921, un photographe aurait pour la première fois peint une canne en blanc
- aux Etats-Unis en 1929, un homme aurait fait de même
- et la même année au Canada, une personne fit la même chose.
Il est tout à fait possible que la même idée en des pays différents ait germé dans l’esprit de personnes attentives à la situation de leur prochain. Cependant c’est à mademoiselle d’HERBEMONT que revient l’honneur d’avoir exposé son idée et de la faire partager à ceux qui avaient le pouvoir d’assurer sa réalisation et sa diffusion. C’est aussi grâce à sa personnalité, à sa compréhension du handicap visuel, à son implication humaine et financière pour la réalisation de son projet, pour sa modestie, son courage qu’elle mérite notre admiration et notre reconnaissance. Elle est pour nous la vraie créatrice de la canne blanche. Comme Valentin HAUY, Louis BRAILLE et Maurice de la SIZERANNE, Guilly d’HERBEMONT a contribué à donner aux personnes aveugles un instrument d’insertion et d’émancipation. A ce jour hélas, aucune rue, place, avenue ou boulevard de Paris ou d’une grande ville de France ne porte le nom de Guilly d’HERBEMONT. Elle a composé de nombreux poèmes consacrés aux aveugles l’un des plus beaux porte le titre de « la couleur de la joie ». Les aveugles qui l’ont connue et qui avaient reçu une canne de ses mains l’admiraient et la vénéraient, ils l’appelaient « notre bonne fée et sa canne de lumière », eux qui avaient vécu ce formidable bouleversement de leur condition de circulation et de déplacement.
Beaucoup d’entre eux lui ont composé des poèmes et des chansons pour la remercier, alors pour terminer voici le poème d’un aveugle anonyme :
Si tu songes parfois à cette aimable fée
Bénis la pour avoir fait couler dans nos veines
Quelques gouttes du lait de la tendresse humaine
Et sur ton livre d’or parmi les plus doux noms
Oh « bonté » vient graver celui d’Herbemont.
Je remercie madame Mireille OBLIN-BRIERE pour son livre LA CANNE BLANCHE dans lequel j’ai puisé plusieurs renseignements, ce livre est enregistré au format Daisy et disponible à la librairie sonore du GIAA à Paris.
Je remercie les employés municipaux de la mairie de MOUZAY dans la Meuse qui m’ont fourni des indications précises. Je remercie toutes les associations de personnes handicapées visuelles, les AUXILIAIRES des AVEUGLES, l’Hôpital des QUINZE-VINGT, la famille de mademoiselle d’HERBEMONT et toutes les personnes qui par leur accueil, leurs documents, leurs souvenirs m’ont permis de composer cet article. Enfin je dédie ce travail à madame Fanny MACAES, instructrice de locomotion au Centre ARAMAV à Nîmes dans le Gard, ses leçons, sa persévérance et sa patience ont porté leurs fruits, grâce à elle, je circule seul avec l’aide de ma canne blanche.
Marcel CHALAYE
Cet article a été écrit par Marcel CHALAYE. Lui-même déficient visuel et membre de ce groupe, il nous décrit ici l'histoire de la création de la canne blanche et l'évolution de celle-ci en symbole internationnal de la défience visuelle. Ceci, nous l'apprenons dans cet article est à l'initiative d'une jeune femme, Guilli d'HERBEMONT, qui vouera sa vie et sa fortune au bénéfice des personnes aveugles.
LA CANNE BLANCHE : Une création de Guilly d’HERBEMONT
Ses parents possédaient une propriété à MOUZAY, petit village de la Meuse où elle passa une grande partie de son enfance mais c’est à Bruxelles en Belgique qu’elle naquit le 25 juin 1888. On lui donna le prénom de GUILLY, en souvenir d’un de ses oncles Guillaume mort prématurément à l’âge de 20 ans. Par son éducation, elle devint une jeune fille épanouie, bonne musicienne, poète au talent reconnu, elle est sensible et proche de la nature.
A l’âge de 18 ans, une déception sentimentale la blesse profondément. Les poèmes qu’elle écrira par la suite expriment avec beaucoup de pudeur cette souffrance qui accompagnera toute sa vie. C’est sans doute pour cela qu’elle restera célibataire et se dévouera sans compter au service des personnes privées de la vue.
A la fin de la première guerre mondiale, la population civile qui porte déjà le deuil des millions de soldats disparus découvre les blessures physiques et morales et tous les handicaps qui mutilent à jamais les survivants enfin démobilisés. En France, le nombre impressionnant de soldats devenus aveugles vient grossir le nombre de personnes déjà privées de la vue. Ils vont faire découvrir aux valides les difficultés et les risques auxquels sont confrontés ceux et celles qui se déplacent sans y voir dans le flot grandissant de la circulation et des multiples obstacles qui encombrent les rues de Paris.
Comme ses contemporains, Mademoiselle d’Herbemont est témoin de cette situation. Elle qui copie bénévolement des ouvrages en braille aide fréquemment des aveugles à se déplacer et à traverser les rues. C’est précisément un jour de 1930 où elle aide un groupe d’aveugles à traverser le boulevard de Courcelles qu’une automobile lancée à vive allure les évite de justesse. Cet incident qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques persuade mademoiselle d’Herbemont qu’un signe distinctif bien visible permettant d’identifier les personnes aveugles afin de les soustraire au danger est nécessaire. A partir de la fin de la grande guerre, la circulation automobile s’amplifie, les premiers feux tricolores régulateurs de circulation apparaissent ainsi que des passages protégés matérialisés au sol par des disques de métal « les passages cloutés ». Les agents de la police municipale qui règlent au carrefour la circulation automobile sont équipés pour les rendre plus visibles d’un képi, d’une cape, de manchettes et d’un bâton de couleur blanche. C’est alors que mademoiselle d’Herbemont eut l’idée de munir les personnes aveugles d’une canne blanche.
Ceux à qui elle dévoile son projet trouvent l’idée banale et sans intérêt. Alors, elle, si timide et si réservée écrit à un quotidien L’ECHO DE PARIS qui publie régulièrement dans ses colonnes des informations sociales. Sa lettre publiée dans le numéro du jeudi 30 novembre 1930 retient l’attention du directeur du journal qui téléphone au directeur de la police municipale et au préfet de police de Paris. Après réflexion, le préfet de police invite les principaux responsables des œuvres sociales et des associations d’aveugles ainsi que mademoiselle d’Herbemont afin qu’elle expose son projet à tous les participants. Nous pouvons être surpris de la rapidité avec laquelle les pouvoirs publics ont réagi mais il ne faut pas oublier le contexte de l’après guerre. En 1930, on dénombre à Paris et dans le département de la Seine, 5000 personnes aveugles. Il faut aussi se rappeler qu’à toutes les époques et dans toutes les sociétés, les personnes aveugles ont fait l’objet d’attentions particulières. Ils sont tour à tour signes de rejet, de méfiance et de pitié.
Ainsi dès 1929, près de 300 aveugles se réunissent régulièrement aux portes de Paris au lieu dit « champ pourri » et le Roi Louis IX, SAINT LOUIS leur octroie une obole particulière prise sur le trésor pour subvenir à leur nourriture. C’est lui qui crée en 1260 l’hospice des QUINZE-VINGTS appelé ainsi parce qu’il contient 300 places réservées aux personnes aveugles. Cet établissement qui a évolué au fil du temps, continue de nos jours à accueillir les personnes handicapées de la vue. Après Saint Louis, Philippe IV dit LE BEL autorise les aveugles de Paris à porter sur l’épaule droite une grande fleur de lys blanc. Ce signe les désigne à la charité des personnes valides spécialement dans les églises et dans les cimetières. Une bulle du PAPE octroiera une indulgence spéciale aux aveugles qui se consacrent à la prière. La prière des aveugles était très recherchée car elle passait pour être plus efficace que toutes les autres.
Au dix huitième siècle, Valentin HAUY deviendra le premier instituteur des aveugles en créant une école qui leur est réservée. De nos jours, l’Institut National des Jeunes Aveugles perpétue son œuvre. Au début du dix-neuvième siècle, Louis Braille avec l’écriture qui porte son nom et Maurice de la Sizeranne par la création de l’Association Valentin Haüy contribuent à l’émancipation des aveugles et à leur insertion dans la société. Cependant l’aveugle qui souhaitait se déplacer devait trouver et le plus souvent payer une personne valide pour l’accompagner. Quelques uns se déplaçaient seuls sur de petits trajets en tendant les mains devant eux, d’autres s’aidaient comme ils le pouvaient d’un bâton, certains se faisaient précéder d’un chien le plus souvent un caniche comme le montre une carte postale du début du vingtième siècle où l’on voit un aveugle relié par une ficelle à un petit caniche blanc, la légende de la carte postale indiquant : « mendiant aveugle avec son chien sur les quais du port de Saint Servan dans le département de l’Ile et Vilaine ».
Mais revenons à la réunion de décembre 1930. La veille, Mademoiselle d’Herbemont a peint elle-même avec de la peinture blanche une canne, elle l’a enveloppée dans un papier rouge, elle l’apporte avec elle et la déballe devant tous en exposant son projet. La rencontre génère beaucoup de questions et de contestations. Certains voudraient que la canne soit peinte en rouge signe du stop, d’autres la refusent en prétextant que cette canne va marginaliser encore un peu plus les aveugles. L’attribution de la canne soulève de multiples interrogations : qui va la recevoir, qui va prendre la décision de l’autoriser, qui va la fabriquer et surtout la question principale, qui va régler les frais de fabrication et d’attribution de la canne. Pour la question financière, Mademoiselle d’Herbemont mit tout le monde d’accord en proposant de prendre en charge tous les frais de fabrication et de distribution. Elle respectera scrupuleusement cet engagement et pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, elle assurera le financement de plusieurs milliers de cannes blanches. Aucun accord n’ayant pu être conclu le jour de la réunion, on décida de soumettre le projet de la canne blanche au vote des aveugles de Paris. La canne blanche fut adoptée à une écrasante majorité. On institua un règlement en quinze articles, celui-ci fixait les règles d’attribution de la canne, les démarches à faire pour l’obtenir, la façon de l’utiliser. Pour éviter les contrefaçons et les modèles non réglementaires, on accorda l’agrément à une canne solide au manche recourbé sur lequel on pouvait s’appuyer, réservée aux hommes et à une canne droite fine munie d’une dragonne en cuir réservée aux femmes, les deux modèles devaient être estampillés par un écusson en métal argenté représentant les armes de la ville de Paris. L’ECHO de PARIS, les journaux parisiens et l’ensemble de la presse française diffusèrent toutes les informations relatives à la canne blanche pendant tout le mois de décembre 1930 et tout le mois de janvier 1931. La Préfecture de police de Paris informa toute la population de Paris et du département de la Seine de la mise à la disposition des aveugles d’une canne blanche et les automobilistes et piétons étaient invités à respecter et à porter aide et assistance aux aveugles munis de leurs cannes blanches. Il est spécifié que lorsqu’un aveugle est au bord d’un trottoir et désire traverser la rue, il lève sa canne blanche à la verticale, les automobiles doivent s’arrêter et les piétons ne doivent pas entraver la marche de l’aveugle mais doivent l’aider à traverser la rue. Les agents de la police municipale de Paris sont chargés de faire respecter ce règlement et doivent porter secours et assistance aux aveugles qui leur en feront la demande. Lorsqu’un aveugle doit utiliser un transport en commun, métro tramway ou autobus, il se place à l’arrêt du véhicule et lève sa canne blanche, le conducteur du véhicule doit s’arrêter et le receveur des billets doit l’aider à monter ou à descendre du véhicule. Les personnes aveugles munies de leur canne blanche ont la priorité aux stations de taxis, le chauffeur doit les aider à monter et à descendre du véhicule. La population de Paris et du département de la Seine sensibilisée par ce que nous appellerions aujourd’hui un matraquage médiatique attendait avec curiosité la mise en service de la canne blanche. Les autorités décidèrent que les premières cannes blanches seraient attribuées à Paris dans le département de la Seine et celui de la Seine-et-Oise et sur la demande de mademoiselle d’Herbemont dans les départements de la Meuse et des Ardennes.
La cérémonie officielle de la remise des 150 premières cannes blanches eut lieu le samedi 7 février 1931 à 17 heures dans les salons du Cercle de l’Union Interalliée 33 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Toutes les personnalités politiques administratives, militaires, civiles et religieuses, tous les responsables de toutes les associations civiles et militaires d’aveugles de Paris et du département de la Seine ainsi que tous les représentants de la presse étaient présents. Les 150 aveugles invités étaient tous accompagnés personnellement par un scout.
Après l’accueil de toutes les personnalités et les très nombreux discours, Mademoiselle d’Herbemont fut invitée à remettre la première des 150 cannes blanches. Ce fut une vieille aveugle parisienne, Madame CONNENS, vendeuse de cartes postales et de lacets qui en fut la première bénéficiaire. Le sculpteur Emile Guillaume immortalisa cet évènement en réalisant une sculpture qui représente mademoiselle d’Herbemont remettant la canne à madame CONNENS. Cette sculpture porte le nom de « bonté », elle est exposée actuellement dans le hall de la mairie de MOUZAY dans la Meuse à qui elle fut offerte en 1961 par l’Association Valentin Hays. La deuxième canne fut remise à Monsieur AMBLARD, aveugle de guerre, Président de l’association des aveugles de guerre. Ensuite, Mademoiselle d’Herbemont remit personnellement avec un mot d’accueil et d’amitié leurs cannes blanches à tous les aveugles présents. En plus de l’insigne officiel, les cannes étaient toutes décorées d’un petit ruban tricolore. On remit ensuite plusieurs centaines de cannes à tous les responsables d’associations présents qui furent chargés de les distribuer. La cérémonie se termina par un vin d’honneur.
Dans les jours et les semaines qui suivirent, tous les journaux français et plusieurs grands quotidiens étrangers consacrèrent leur première page à cet évènement, ce qui eut pour effet de susciter deux réactions. La première émanant d’associations de province qui demandèrent avec insistance de pouvoir bénéficier à leur tour de cannes blanches, ce qui leur fut accordé. Puis en France et à l’étranger, des mécènes se révélaient qui voulaient à leur tour offrir des cannes blanches aux aveugles. Cependant 3 semaines après cette inauguration un accident dont fut victime un aveugle failli remettre en cause le principe de la canne blanche. Un dimanche de février 1931 le docteur Racine jeune médecin aveugle très estimé de sa clientèle traversant les Champs Elysée muni de sa canne blanche à la hauteur de l’avenue Georges V fut heurté sur le passage clouté par une automobile qui en doublait une autre et qui circulait à vive allure, le docteur Racine traîné sur une quinzaine de mètres fut tué sur le coup. Cet accident jeta la consternation dans le monde des aveugles on prit alors conscience que si la canne blanche était un signe de visibilité elle n’empêchait pas son possesseur de prendre toutes les précautions nécessaire pour s’engager sur la chaussée. Mademoiselle d’Herbemont profondément choquée par cet accident car elle connaissait et appréciait le docteur Racine regretta d’avoir eu l’idée de la canne blanche elle se sentait responsable de cet accident, le docteur Racine était marié et père de deux enfants.
Il fallut l’amitié et le témoignage de tous les aveugles qui possédaient déjà une canne blanche pour que mademoiselle d’Herbemont ne demande pas le retrait de celles déjà distribuées et l’annulation de son idée. La canne blanche commença à se répandre un peu partout. En 1932 un journaliste qui effectuait un reportage en Guyane Française eut la surprise de découvrir dans un village perdu au milieu de la forêt vierge un indien aveugle qui possédait une canne blanche. Mademoiselle d’Herbemont très sollicitée depuis l’inauguration officielle offrait des cannes blanches et participait à toutes les réunions où elle était invitée. Pendant près de 40 ans, elle va offrir des milliers de cannes à des aveugles français et étrangers. Jusqu’à la fin de sa vie, elle répondra personnellement à toutes les lettres qui lui seront adressées beaucoup contenaient des remerciements, d’autres tout aussi nombreuses sollicitaient une aide financière car si les aveugles militaires recevaient une pension, de nombreux aveugles civils qui ne pouvaient plus travailler se trouvaient sans ressource. Mademoiselle d’Herbemont honorera généreusement toutes les demandes qui lui seront adressées. Afin de distraire et de donner un peu de joie aux aveugles les plus défavorisés, elle organisera des goûters, des réunions et des concerts. C’est ainsi qu’en 1935, elle offrit à 3000 aveugles, un concert salle Pleyel où se produisirent des artistes de variétés et de prestigieux interprètes de musique classique.
De santé fragile, Mademoiselle d’Herbemont ne laissait rien paraître et ne se plaignait jamais. N’a-t-elle pas écrit dans une de ses poésies : « j’aurai jusqu’au tombeau l’énergie de paraître ignorer la douleur ». Malgré son courage et sa ténacité, elle fut dans l’obligation de partir dans un sanatorium suisse où elle passa de longs mois.
En 1938 à la fin de son séjour, pour remercier les SUISSES de leur accueil et de leurs soins, elle offrit au cours d’une cérémonie à Lausanne aux 160 aveugles recensés dans le canton, une canne blanche estampillée d’une plaque de métal sur laquelle figuraient les armes du canton de Vaux avec la devise : « liberté et patrie ». Depuis le dix huitième siècle, les aveugles Suisse étaient tenus de circuler le bras droit muni d’un brassard jaune sur lequel figurait 3 points noirs. Ce brassard peu pratique car il fallait le déplacer d’un vêtement, à l’autre lorsque l’on changeait de tenue était loin de faire l’unanimité. On avait aussi pensé affubler les aveugles d’un chapeau et de les doter d’un sifflet ! Les cannes offertes par mademoiselle d’Herbemont précipitèrent les choses. La Suisse adopta le premier janvier 1939, la canne blanche comme le seul signe officiel de reconnaissance des aveugles. En France des escrocs utilisaient la canne blanche pour abuser des personnes généreuses. Une ordonnance de 1945 institue une carte spécifique attribuée à des personnes possédant moins de un dixième de vision les autorisant à utiliser une canne blanche. En 1958 l’article 174 du code de la famille attribue une carte d’invalidité surchargée de la mention cécité aux personnes dont la vision centrale est nulle ou inférieure à un vingtième après correction optique et stipule que la carte d’invalidité surchargée de la mention canne blanche sera attribuée à des personnes ayant une vision centrale inférieure à un dixième après correction optique. Ces documents sont indispensables pour acquérir une canne blanche et l’article 173 précise que toute personne utilisant une canne blanche sans avoir l’une ou l’autre de ces cartes d’invalidité sera condamnée à une forte amende et en cas de récidive sera passible d’un mois de prison. Le même article précisait que les aveugles autorisés à utiliser une canne blanche devaient s’abstenir de l’utiliser pour mendier ou pour faire du colportage. A la fin des années 1960, la mention « cécité » sera remplacée par une étoile verte et la loi du 11 février 2005 attribue deux cartes au handicap visuel, l’une porte la mention « besoin d’accompagnement » et l’autre porte la mention « cécité ».
En novembre 1947, Mademoiselle d’Herbemont fut élevée au grade d’officier de la légion d’honneur. En 1956, pour le vingt cinquième anniversaire de la création de la canne blanche, elle fut reçue avec un groupe d’aveugles au palais de l’Elysée par le Président de la République Monsieur René COTY. Ce jour là, ses amis aveugles lui offrirent un bas relief œuvre du sculpteur Volty. En 1963 elle accepta la présidence d’honneur de l’association les Auxiliaires des Aveugles, poste honorifique qu’elle occupa jusqu’à sa mort. Le 14 mai 1976, la ville de Paris lui attribua sa plus haute distinction, la médaille de vermeil. Ce fut sa dernière apparition publique. Jusqu’à sa mort, elle continua à garder le contact avec les personnes qui la visitaient ou qui lui écrivaient. Elle répondait personnellement à toutes les lettres malgré sa vision qui s’obscurcissait peu à peu. Ainsi disait-elle, je rejoins mes amis aveugles.
Aux Etats-Unis à partir de la fin de la deuxième guerre, mondiale et devant le nombre important d’aveugles de guerre des spécialistes de la locomotion étudièrent et enseignèrent aux aveugles la manière de se déplacer en utilisant une canne blanche. Au début des années 1960, des kinésithérapeutes français allèrent jusqu’aux Etats-Unis pour étudier cette nouvelle utilisation de la canne blanche. A leur retour en France, ils adaptèrent les méthodes américaines et formèrent à leur tour les premiers instructeurs de locomotion.
A sa création la canne blanche était un objet de reconnaissance, à partir des années 1960, elle devient un instrument de guidage elle apporte aux aveugles un surcroît de sécurité et un regain d’indépendance. Au fil des ans la canne s’améliore, elle devient pliante pour tenir moins de place lorsque l’on ne l’utilise pas. Aujourd’hui, elle est équipée d’une poignée ergonomique et d’un embout cylindrique tournant qui permet de se déplacer quelque soit la nature du terrain. A sa création elle était en bois puis elle devint métallique et même en fibre de verre. Aujourd’hui on trouve des cannes en métaux non ferreux, en aluminium et en fibre de carbone, demain elle sera électronique, des prototypes ont déjà été testés. La canne blanche n’a pas fini de nous surprendre et de nous étonner. Au cours des années 1990, la Belgique a adopté pour les malvoyants une canne de couleur jaune, elle est disponible en France mais faute de reconnaissance officielle et d’information du public, ceux et celles qui l’utilisent se heurtent à l’incompréhension des passants qui ignorent la signification de cette couleur.
Jusqu’à la fin de sa vie, Mademoiselle d’Herbemont a suivi avec intérêt l’évolution de sa canne. A ceux qui lui demandaient, n’êtes vous pas un peu déçue d’être tenue à l’écart et de ne pas être informée des modifications apportées à votre canne, elle répondait : « non, je suis heureuse parce que ma canne est vivante ». Quelque temps avant sa mort, Mademoiselle d’Herbemont reçoit la visite de Madame Mireille OBLIN-BRIERE, de leurs entretiens naîtra un livre « LA CANNE BLANCHE » éditée aux Editions Privat. C’est le seul ouvrage consacré à mademoiselle d’Herbemont. On approche de 1981 qui doit marquer le cinquantenaire de l’invention de la canne blanche mais au début de l’année 1980 Mademoiselle d’Herbemont qui est maintenant nonagénaire s’affaiblit de plus en plus. Transportée à l’hôpital suisse d’Issy-les-Moulineaux, c’est là qu’elle s’éteindra paisiblement le 28 février 1980. Aux premiers jours de mars, ses obsèques religieuses célébrées à Paris rassemblent moins de 100 personnes. Elle fut inhumée le même jour dans le caveau de sa famille à Mouzay dans la Meuse, ce pays qu’elle a tant aimé qui fut le berceau de son enfance et le lieu de son inspiration. Ses plus beaux poèmes réunis dans un recueil : « LE JARDIN DE TA JOIE » reçut le prix de l’académie française. En ce début du troisième millénaire, sa canne blanche reste l’objet incontournable, la compagne fidèle qui ouvre le chemin à des milliers de personnes aveugles et déficients visuels profonds. En dehors de la France, trois pays revendiquent son invention.
- en Angleterre en 1921, un photographe aurait pour la première fois peint une canne en blanc
- aux Etats-Unis en 1929, un homme aurait fait de même
- et la même année au Canada, une personne fit la même chose.
Il est tout à fait possible que la même idée en des pays différents ait germé dans l’esprit de personnes attentives à la situation de leur prochain. Cependant c’est à mademoiselle d’HERBEMONT que revient l’honneur d’avoir exposé son idée et de la faire partager à ceux qui avaient le pouvoir d’assurer sa réalisation et sa diffusion. C’est aussi grâce à sa personnalité, à sa compréhension du handicap visuel, à son implication humaine et financière pour la réalisation de son projet, pour sa modestie, son courage qu’elle mérite notre admiration et notre reconnaissance. Elle est pour nous la vraie créatrice de la canne blanche. Comme Valentin HAUY, Louis BRAILLE et Maurice de la SIZERANNE, Guilly d’HERBEMONT a contribué à donner aux personnes aveugles un instrument d’insertion et d’émancipation. A ce jour hélas, aucune rue, place, avenue ou boulevard de Paris ou d’une grande ville de France ne porte le nom de Guilly d’HERBEMONT. Elle a composé de nombreux poèmes consacrés aux aveugles l’un des plus beaux porte le titre de « la couleur de la joie ». Les aveugles qui l’ont connue et qui avaient reçu une canne de ses mains l’admiraient et la vénéraient, ils l’appelaient « notre bonne fée et sa canne de lumière », eux qui avaient vécu ce formidable bouleversement de leur condition de circulation et de déplacement.
Beaucoup d’entre eux lui ont composé des poèmes et des chansons pour la remercier, alors pour terminer voici le poème d’un aveugle anonyme :
Si tu songes parfois à cette aimable fée
Bénis la pour avoir fait couler dans nos veines
Quelques gouttes du lait de la tendresse humaine
Et sur ton livre d’or parmi les plus doux noms
Oh « bonté » vient graver celui d’Herbemont.
Je remercie madame Mireille OBLIN-BRIERE pour son livre LA CANNE BLANCHE dans lequel j’ai puisé plusieurs renseignements, ce livre est enregistré au format Daisy et disponible à la librairie sonore du GIAA à Paris.
Je remercie les employés municipaux de la mairie de MOUZAY dans la Meuse qui m’ont fourni des indications précises. Je remercie toutes les associations de personnes handicapées visuelles, les AUXILIAIRES des AVEUGLES, l’Hôpital des QUINZE-VINGT, la famille de mademoiselle d’HERBEMONT et toutes les personnes qui par leur accueil, leurs documents, leurs souvenirs m’ont permis de composer cet article. Enfin je dédie ce travail à madame Fanny MACAES, instructrice de locomotion au Centre ARAMAV à Nîmes dans le Gard, ses leçons, sa persévérance et sa patience ont porté leurs fruits, grâce à elle, je circule seul avec l’aide de ma canne blanche.
Marcel CHALAYE

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